Colombie : La technique des colombins en poterie

Dans mon précédent article je vous ai parlé de cette technique ancestrale. Cette façon de créer est toujours utilisée dans des pays très éloignés de la France, dans des régions reculées, difficiles d’accès.

J’ai rencontré cette année une potière en Equateur, dans un tout petit village perdu en plein dans l’immense forêt de l’ Amazonie. Un coin vraiment perdu où pour y accéder il faut des heures de bus, loin des circuits touristiques. Du village reculé le plus proche on y accède ensuite en pirogue le long du Rio Napo, un affluent de L’Amazone puis en marchant dans la forêt entre les lianes, caimans et autres espèces endémiques de la région.

Là bas il n’y a bien sûr pas d’électricité, ni de magasins dédiés à la céramique. En fait ce n’est même pas un village. Au fin fond de l’ Amazonie équatorienne, ce sont des groupements de quelques habitations sur pilotis où vivent une famille et qui sont éparpillés. La maison principale, la maison d’acceuil, celle où on fait la chicha, boisson fermentéee à base de manioc, la maison des réserves,..

Notre guide équatorien était super sympa et il connaissait à fond cete région puisqu’il en est originaire. Il a pu nous emmmener à la rencontre de personnes qu’il connaissait : villageois, orpailleurs,… et une potière.

La potière que j’ai eu la chance de rencontrer habite dans ce groupement de maisons avec sa famille. Son mari fait des sarbacanes traditionnelles et ils cultivent un bout de terre avec du manioc notemment, quelques arbres fruitiers comme le papayer. Ils vivient en autarcie et en vendant leur petite production, aux rares touristes, on étaient toutes seules dans ce coin. .

Cette dame travaille avec les gestes et techniques hérités de ses ancêtres et j’ai été émerveillé de voir ses réalisations pleines de délicatesse et si travaillées.

Elle fait ces pièces avec la technique des colombins ou au pincé, une autre technique traditionnelle de poterie.

Elle assemble les colombins avec une vitesse et dextérité incroyables! Ils sont réguliers et bien droits, elle a une grande maitîse! Puis elle lisse l’objet avec une estèque qui est un morceau de bois de forme incurvée, bien dure qu’elle a été cherché dans la forêt, en Amazonie!

Après l’estèque en bois, elle utilise un autre morceau de bois dur pour peaufiner le lissage. Ensuite elle recouvre sa pièce avec de la barbotine de terre rouge.

Voici les différents outils pour les finitions : les estèques de forme différentes et outils de lissage tous en bois provenant de différents arbres de l’Amazonie.

Je vous ai fait petite vidéo pour voir sa réalisation

Ensuite elle recouvre sa pièce avec de la barbotine de terre rouge.

La pièce est polie avec un galet de la rivière. Cette technique permet de resserer les particules d’argile et de la rendre étanche.

La pièce est mise à cuire dans un four traditionnel alimenté au feu de bois. Elle est mise progressivementau coeur de la chaleur pour éviter les chocs thermiques. Ce sont des cuissons primitives à basse température. Quand la pièce est chaude, presque incandesante, la potière la retire du feu avec des outils puis l’imperméabilise à chaud avec une résine naturelle, de la sève d’un arbre. La pièces est devenue étanche et brillante, cela remplace l’émail que nous connaissons!

Tous les outils proviennent d’élément de la forêt. Si loin de la civilisation, on peut utiliser des produits naturels et s’adapter à son environnement.

Les pinceaux qui sont très fins comme des pinceaux liners et qui permettent des tracé très fins sont des bâtonnets de bois sur lesquels sont assemblés des cheveux de sa fille.

Certaines pièces sont enfumées sans décor et elles sont tout autant incroyables de finesse et de beauté!

Les décors sont tracés de motifs traditionnels ou encore stylisés avec les animaux de l’Amazonie : tatous, caimans, perroquets,…

J’ai été émerveillée par ces réalisations utilisant les matières naturelles. La potière de ce village d’Amazonie va chercher la terre puis la décante et en enlève toutes les impuretés avant de pouvoir la travailler. UN long et fastidieux travail.

Je me suis réjouie d’avoir opté pour ce métier artisanal. Il est exercé dans le monde entier et chaque rencontre avec un potier du bout du monde rend humble devant leur savoir et techniques. On crée tout de suite des liens d’échanges et de savoir- faire, même si on est éloigné par les milliers de kilomètres. Nous faisons les mêmes gestes, nous sommes avec les mêmes sensations avec la matière et le goût de faire et de partager.

J’espère que cet article vous aura donné envie de découvrir cette technique ancestrale, traditionnelle qui est partout la même. Même si en France on a la chance de pouvoir utiliser des matériaux et produits modernes, le savoir- faire traditionnel n’a jamais été oublié. Faire des enfumages, cuire dans une fosse de terre, et même aller chercher son argile près de la rivière, certains potiers travaillent toujours de cette façon. Ces pièces possèdent une unité, une âme, qu’aucun objet industriel ,ne peut concurrencer. C’est ça la main de l’homme.

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